Centre de culture contemporaine — Montpellier
image Yann Gerstberger
Untitled, 2016

Artiste

Yann Gerstberger

Né en 1983 à Cagnes-sur-Mer

Avant 2010, lorsqu’il arrive à la tapisserie lors d’une résidence au Maroc, Yann Gerstberger produisait essentiellement des œuvres d’assemblage aux allures de totems. Entre bricolage de matériaux trouvés et recyclage d’objets domestiques abandonnés, ses œuvres s’érigeaient telles des reliques de tribus extra-occidentales. Associations oxymoriques de cultures populaires consuméristes (banc de musculation, glacières, t-shirts) ou chasseresses (costumes d’apparat, matières premières comme la pierre, le bois, la paille), ses installations embrassaient le multiculturalisme cher à son époque. Yann Gerstberger, féru de théories postcoloniales, n’était pourtant pas naïf concernant son regard d’Européen sur ce qui pouvait paraître exotique. L’attirance était pourtant là, et l’appel des cultures extra-occidentales si puissant qu’il habite aujourd’hui au Mexique.

Il semblerait que cette attirance, au même titre que la découverte du tissage, a répondu à ses interrogations sur les modes de production précapitalistes. Ses œuvres ont pour contre-champ une politique en creux ; elles rebattent les cartes de la répartition des rôles (hommes/femmes – dominants/dominés – artisans/génies).

Leur créateur les regarde pourtant avec les yeux d’un adulte sur son passé d’adolescent : sans minimiser l’influence de l’attraction teen pour les marges, le Do-It-Yourself  et le retour aux sources. C’est ainsi qu’il intitula une de ses expositions de tapisseries « SURFBOARD ». Ces tapisseries qu’il décrit comme « post-earthquake - ou même disons post world » correspondent ainsi à un monde d’après où cohabiteraient traditions et technologies, un monde dans lequel une société nouvelle essaierait de composer avec les restes de la précédente.  

Charlotte Cosson & Emmanuelle Luciani