Centre de culture contemporaine — Montpellier
image Markus Selg
Teppich / carpet, 2010

Artiste

Markus Selg

Né en 1974 à Singen, Allemagne

Pour Pré-capital, Markus Selg expose un triptyque formé d’un tapis, d’une toile et d’une vidéo. Les deux premiers éléments sont d’aspect rustique : ils ont été produits avec de la toile de jute et du sisal, recouverts de pigments. Pourtant, ils ne sont pas réalisés à la main : les représentations qui les recouvrent sont des impressions numériques. Mais les contradictions apparentes entre perception et réalité ne dérangent pas Markus Selg : au contraire, elles permettent de mettre en cause les systèmes de valeurs trop bien établis.

Pour l’artiste, les correspondances sont bien plus nombreuses que les oppositions. Ainsi, il peut parler de « primitive data », de ressemblances entre les carnavals de son petit village d’Allemagne du Sud et des rituels béninois, ou du fait que le serpent existe dans toutes les mythologies. La tradition et les progrès ne s’opposent pas, car ils sont faits de la même matière ; au Bénin, se parler via un téléphone est comparé au fait de dialoguer avec les esprits via un chamane. Ainsi pourrait-on comprendre ce triptyque mettant en scène Eve et le serpent, ici numérisé, au pied de l’arbre de la connaissance, comme une réflexion sur une possible continuation de l’humanité sur les réseaux.

Sans jugement, par-delà les notions de bien et de mal, Markus Selg porte à la conscience ce qui est habituellement caché : la notion de sacrifice. Il rappelle que rien ne se perd et que tout se transforme, qu’à un don correspond une prise. Il réinsuffle ainsi une dynamique dans notre réalité où il semble possible de prendre sans jamais en mesurer le prix ou les conséquences.  

Charlotte Cosson & Emmanuelle Luciani