Centre de culture contemporaine — Montpellier
image Eric Croes
Cadavre exquis, babouin vert, 2016

Artiste

Eric Croes

Né en 1978 à La Louvière, l’œuvre d’Eric Croes est peuplée d’animaux réels et imaginaires réalisés en céramique. Ces derniers s’y entassent - pour ne pas dire qu’ils y grouillent. Dans son atelier, beaucoup évoquent les arts populaires et les totems ; principalement ceux des amérindiens. Pourtant, son bestiaire semble se rapporter à une tradition qui lui est propre. Glaise, bronze, bois : voici les trois matières premières qu’Eric Croes utilise. Or, de la domestication du feu jusqu’au début de la période moderne, ces matériaux s’érigent comme les modes de production privilégiés de la sphère utilitaire. Ses références sont tout autant médiévales qu’extra-occidentales : bêtes dignes des marges enluminées d’un texte sacré, heaumes, symboles quasi-maçonniques, travail des émaux digne des glacis d’un peintre du quattrocento… Eric Croes aime à citer Michel Pastoureau, auteur de Bestiaires du Moyen Age, et réaliser des cadavres exquis – cette technique surréaliste consistant à continuer le dessin d’un autre sans connaître la teneur exacte de ce précédent. Ces deux références pourraient sembler divergentes. Pourtant, elles invitent toutes deux à se reconnecter à des logiques non-rationnelles et à notre capacité à nous échapper dans le rêve. A leur suite, l’envie de laisser nos pensées vagabonder à partir de Cadavre Exquis, babouin vert (ici exposée) se fait sentir. Cette sculpture couronnée permet à une tête de babouin de supporter un vase, lui-même surmonté d’un dé. Peut-on y voir, de manière humoristique, l’image traditionnelle de l’artiste « copiste » représenté tel un singe ? Or, la reproduction à l’identique n’est-elle pas le propre de l’artisan céramiste ? Le dé serait-il présent pour signifier les imprévus liés à la cuisson d’une céramique, voire à la contingence qui façonne le monde ? A l’image des retables médiévaux, dont les clés de lecture furent parfois perdues, les œuvres d’Eric Croes nous laissent face à la beauté contemplative et aux associations de notre imagination.    

Charlotte Cosson & Emmanuelle Luciani