Centre de culture contemporaine — Montpellier
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Photo © Cecile Mella

Artiste

Christine Bouteiller

Pas de hasard, éléments biographiques de Christine Buteiller par Christine Bouteiller

« Je suis née au milieu des années 70, en Normandie. Vous voyez, les jolies vallées verdoyantes ? Ben c'est pas là. Plutôt du côté des cités industrielles socialement dévastées par les effets des crises pétrolières. C'est peut être ce petit côté Ken Loach dans le paysage qui m'a poussée vers le cinéma et ses vertus documentaires. Ou alors, le fait que le seul lieu culturel de la ville était, curieusement, un cinéma d'art et d'essai ? Qu'il n'y avait rien d'autre à faire qu'observer, écrire, puis enfin partir ? Y a pas de hasard" m'a dit Dominique, personnage principal de mon premier film documentaire (La Lune à l'envers, 2001)

Après des études en audiovisuel et quelques années à me faire la main en montage vidéo, ma caméra s'émerveillait des jeunes handicapés dont ce sage malgache était l'éducateur : ces jeunes soi-disant "déficients" devenaient autonomes le temps d'un voyage initiatique… qui était aussi le mien. Depuis le voyage "me fait et me défait" comme dirait Nicolas Bouvier, comme les rencontres et les créations de toutes formes qui ont suivi.

"Pas de hasard", si je fais le point sur les films réalisés depuis : survivants de la Grande Guerre (14/18 Les derniers témoins -2001) , Résistantes en 39 - 45 (Femmes de l’Ombre -2002) , crimes historiques (Crimes de la Belle Epoque -2003) … jusqu'aux ex-réfugiés cambodgiens en mal de réinsertion dans leur pays (Les Egarés - 2010)… Ma démarche artistique met en relief une parole singulière dans sa dimension sociale, interroge les notions d'engagement, de vulnérabilité et de résilience.

Cet intérêt pour l'individu dans sa singularité a grandi avec la conviction que la création artistique et en particulier la réalisation audiovisuelle n'étaient pas l'apanage d'une caste intellectuelle et chanceuse, mais que les sujets pouvaient aussi bien devenir auteurs de leurs propres représentations, en prendre le pouvoir.

La "vidéo participative" est devenue mon sujet de recherche universitaire et personnelle, expérimenté au fil d'ateliers de création vidéo et notamment à la Scène Nationale du Havre : les Correspondances Filmées (2002 - 2006) donnaient l'occasion à des gens ordinaires, enfants ou adultes de toute provenance culturelle et sociale, de réaliser leur propre film avec l'aide de professionnels de l'audiovisuel, dont je faisais partie. Depuis, au fil du temps et des problématiques nouvelles (cadre scolaire, centres sociaux, milieu carcéral en France, projets à l'étranger) , j'ai affiné cette démarche et étayé ma réflexion. 

Parallèlement, en 2004, je rencontrai « par hasard » un pays intriguant que je ne quitterai presque plus : le Cambodge. Après une mission d'attachée audiovisuel à l’Ambassade de France de Phnom Penh, j'ai poursuivi entre mer et rizière mon errance documentaire, m'associant "par hasard" à des productions audiovisuelles dans le cadre de projets de développement (AFD, UNDP, OXFA…) .

Ce n'est pas un hasard, je crois, si un autre chemin de création a commencé à se tracer du côté de l'écriture et de la vidéo musicale, prenant de plus en plus de place. Et certainement pas de hasard, si en 2013 je collabore à un projet de création vidéo participative dans le cadre de la Panacée, futur centre d'art contemporain de Montpellier, en relation avec des artistes, des scientifiques et les publics… »